Le cabinet de conseil, en collaboration avec l’École des Arts et Métiers ParisTech, dévoile les résultats de son Baromètre 2019, qui répertorie les risques impactant la supply chain, évalue leur degré de maîtrise et propose des leviers d’amélioration pour atteindre la résilience.

Parti du constat que le risque supply chain est devenu le second des risques des entreprises (selon le Baromètre Allianz de janvier 2020), le cabinet de conseil spécialisé dans l’expérience client, les opérations et la gestion des risques, Kyu Associés, publie son Baromètre 2019 des risques supply chain, en collaboration avec le master spécialisé de management des risques de l’École des arts et métiers ParisTech. Les résultats de l’étude sont basés sur les réponses apportées à un questionnaire par une centaine de responsables de la gestion des risques, des achats et de la supply chain dans quatre grands domaines : auto/aéro, autres industries, commerce/distribution, réseaux/services, soit « un échantillon représentatif de l’économie française », comme l’indique Laurent Giordani, associé fondateur de Kyu lors de la présentation des résultats du Baromètre le 17 janvier 2020.


10 risques hiérarchisés

Un Baromètre qui répertorie les différents risques et les hiérarchise. En première « place », la plus critique, selon les entreprises interrogées, un enjeu opérationnel lié au défaut de qualité : « Bien qu’au cœur de la gestion des opérations, la non-qualité des composants achetés ou des prestations réalisées n’en demeurent pas moins une cause fréquente de défaillances majeures de la supply chain », indique le document. Le deuxième risque concerne la planification : le fait de « ne pas correctement réaliser une planification des besoins et de se retrouver en rupture de réapprovisionnement », détaille Thibaud Moulin, associé chez Kyu. Le troisième porte sur les risques capacitaires : « Quand la demande augmente ou lorsqu’on lance un produit, est-on certain que les fournisseurs ont une vision de la demande ? », interroge-t-il, citant le cas d’Airbus ayant subi des retards importants entre 2015 et 2017 dus à son fournisseur de sièges et d’aménagement cabine, Zodiac. En quatrième place figure le risque industriel sur les sites de production : incendie, débris de machines, dommages divers sur les moyens de production… Thibaud Moulin observe à ce sujet « une protection incendie qui n’est pas encore suffisante sur toute la supply chain ». Cinquième risque listé : le sourcing avec des zones qui se « tarissent », des matières qui se raréfient, des savoir-faire qui disparaissent et la problématique : « où trouver des fournisseurs qui vont m’accompagner pour répondre à mes besoins de sourcing ? ». Le sixième risque est technologique avec les cas d’obsolescence des produits et des fournisseurs qui doivent accompagner le client et « livrer en temps en heure les composants innovants » mais qui peuvent éprouver des difficultés à répondre aux évolutions technologiques permanentes. Au 7e rang, le risque logistique « au cœur des opérations de la supply chain », poursuit Thibaud Moulin. « Les ruptures sur les flux logistiques représentent une menace importante pour les entreprises de tous les secteurs. Le sourcing des fournisseurs dans des zones à bas coût de main-d’œuvre, toujours plus éloignées, étire les chaînes d’approvisionnement, augmente les aléas pendant le transport et diminue la réactivité en cas d’incident », développe le Baromètre. En 8e place, les catastrophes naturelles avec le réchauffement climatique qui viennent impacter la supply chain mondiale, puis en 9e position les risques réglementaires (guerres commerciales, Brexit, lanceurs d’alerte), et enfin, en 10e place, les risques cyber qui vont croissant avec la digitalisation de la supply chain et l’interconnexion de ses systèmes.

 
Des axes d’amélioration

« On a coutume de dire que le risque supply chain est devenu un risque systémique », évoque Thibaud Moulin. Par effet papillon, « il peut en effet mettre à genoux tout un secteur industriel ». Le Baromètre remarque à ce sujet que si l’industrie « a globalement intégré ces risques dans ses processus opérationnels et décisionnels en se dotant d’outils, la distribution et les services sont moins avancés sur le sujet. Certains risques comme la cybersécurité ou les incendies restent assez mal appréhendés par tous, faute de prise de conscience ». Ainsi, dans le domaine des services, seulement 40 % des entreprises ont fait l’exercice d’évaluer les risques de leur supply chain, tandis que le domaine de l’automobile et de l’aéronautique l’ont fait à 90 % et celui de la distribution à 70 %. « Les résultats du Baromètre 2019 montrent qu’il reste de nombreux progrès à faire au sein des entreprises pour correctement cartographier les risques supply chain, les prévenir et mettre en œuvre les dispositifs et les organisations nécessaires à la résilience de leur Supply Chain», juge l’enquête.

Face à ces observations, l’étude propose notamment trois axes d’amélioration pour construire la résilience de sa supply chain. Tout d’abord, gagner en visibilité : « Déployer des processus pour collecter des informations à jour sur sa supply chain ainsi que des données externes », détaille Thibaud Moulin. Le tout afin d’établir une « cartographie pertinente ». Une démarche qui se doit d’intégrer les fournisseurs « car ils sont les seuls à détenir certaines informations primordiales à l’évaluation des risques », la difficulté consistant à les convaincre de « leur propre intérêt à partager ces données, à mettre à jour leurs risques pour améliorer leur propre résilience et donner la possibilité à leurs clients d’anticiper et de prévenir les défaillances » explique le document. Deuxième levier d’amélioration : devenir flexible, c’est-à-dire investir dans des supply chain résilientes, et travailler à l’optimisation de ces dernières : « Une fois le risque correctement perçu, évalué et localisé, des moyens doivent être mis en œuvre pour réduire son exposition, anticiper au maximum les défaillances d’un des maillons de la chaine et le cas échéant être en capacité d’adapter ses modes et sources d’approvisionnement, de production et de livraison sans discontinuité ». Dernier levier, la capacité de collaboration avec son environnement « avec une stratégie de résilience commune », détaille Thibaud Moulin. « Une entreprise  »intégrée » à son environnement, qui considère l’ensemble des parties prenantes de son écosystème comme des partenaires et prend en compte leurs besoins et leur contraintes dans ses processus de décisions, aura de meilleurs atouts pour prospérer et réagir en cas de crise », conclut le Baromètre.

Sources VoxLog